
UNE PASSION NEE D'UNE PEUR
Aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd'hui, je crains terriblement l'avion.Le 24 octobre 2004, je prends place à bord d'un avion pour la toute première fois.
Un vol Transavia relie Bruxelles à Héraklion, en Crète.
Alors que la plupart des passagers pensent déjà à leurs vacances, je suis surtout préoccupé par ce qui m'attend dans les airs.
Pourtant, quelque chose attire immédiatement mon attention.Lorsque je franchis la porte de l'appareil, j'aperçois le cockpit.
Tout semble parfaitement organisé, méthodique, structuré.
Chaque instrument semble avoir sa place et sa raison d'être.
Cartésien dans l'âme, et probablement influencé par mon métier d'expert-comptable, je suis intrigué par cet univers où rien ne paraît laissé au hasard.
Très vite, une idée s'impose à moi : pour vaincre ma peur, il faut comprendre.
Et pour comprendre, il faut apprendre....


Le 10 septembre 2006 à 11 heures, je réalise mon premier vol d'initiation au départ de l'aérodrome de Namur à bord du Cessna 150 immatriculé OO-PRH.
Ce jour-là, sans le savoir, je viens d'ouvrir un nouveau chapitre de ma vie.
Après quelques vols à Namur, je poursuis ma formation à l'aéroport de Charleroi.
Mon instructeur me transmet avec passion les bases du pilotage.
Le 8 avril 2007, nos chemins se séparent lorsqu'il est appelé vers de nouveaux horizons professionnels.
Le 24 février 2008, je reprends ma formation à Namur.
Les mois passent et les difficultés s'accumulent.
Les avions sont indisponibles, les pistes en herbe deviennent impraticables durant l'hiver, les obligations professionnelles prennent du temps, et la compatibilité avec certains instructeurs n'est pas toujours au rendez-vous.
La progression est lente, beaucoup trop lente.
Le 29 juin 2008 reste néanmoins une date particulière.
Ce jour-là, j'effectue mon premier vol solo à bord du Cessna 152 OO-TMC.
Pour la première fois, je suis seul aux commandes.
Un moment inoubliable pour tout pilote.
Pourtant, malgré cette étape importante, la formation continue à s'éterniser.
Le 30 mars 2009, je reprends une nouvelle fois mon parcours, cette fois accompagné de Claude.
Un pilote expérimenté qui a traversé l'Afrique du Nord au Sud et d'Ouest en Est.
Claude avait sa propre philosophie du pilotage.
« Grand, on pilote aux fesses ! »
Aujourd'hui encore, j'entends ces mots résonner dans mon casque.
Avec lui, le pilotage cesse d'être une succession de chiffres et de réglages.
Il devient un ressenti, une relation intime avec la machine et avec l'air.
Malgré cela, quelque chose semble toujours bloquer.


Les révisions se succèdent. Les heures de vol s'accumulent.
Pourtant, je ne comprends pas pourquoi je ne parviens pas à franchir la dernière étape.
Le 18 novembre 2009, je décide alors de prendre du recul et de solliciter l'avis d'un autre instructeur à l'aéroport de Liège.
Et soudain, tout devient plus clair.
Ce qui semblait problématique à un endroit paraît parfaitement maîtrisé ailleurs.
Cette rencontre marque un tournant décisif.
Le 9 avril 2010, j'effectue ma grande navigation solo :
Liège – Courtrai – Charleroi – Liège.
Cette journée restera gravée dans ma mémoire pour une raison bien particulière.
Alors que je souhaitais rejoindre Courtrai (Kortrijk), j'ai demandé un QDM vers... Coxyde (Koksijde).
Lorsque la mer du Nord est apparue devant moi, j'ai rapidement compris que quelque chose n'allait pas dans mon plan de navigation.
Une anecdote qui fait aujourd'hui sourire, mais qui rappelle que chaque pilote construit son expérience à travers ses succès comme ses erreurs.
Le 19 mai 2010, après près de quatre années de formation, je réussis enfin mon examen pratique sans aucune restriction.
Le rêve devient réalité.
Le 13 juin 2010, j'effectue mon premier vol à bord de mon propre avion, un Cessna 150 immatriculé OO-SKB.
Quelques mois plus tard, le 23 octobre 2010, je prends possession de celui qui deviendra mon fidèle compagnon de voyage : Helmut, un Cessna 172 Reims Aviation immatriculé D-EMMT.
Depuis lors, nous parcourons ensemble le ciel européen.
Des centaines d'heures de vol, de magnifiques rencontres, des paysages extraordinaires et une liberté difficile à décrire autrement que par un simple regard à travers le pare-brise.
Le cockpit est devenu ce que les pilotes appellent souvent aujourd'hui :
« Le plus beau bureau du monde. »
Le 18 janvier 2016, je poursuis cette aventure en débutant ma qualification de vol de nuit à l'aéroport de Charleroi.
Car en aviation, l'apprentissage ne s'arrête jamais.
Et c'est probablement ce qui rend cette passion si fascinante.
